On ne naît pas motard, on le devient, et le signe V, en bord de route, n’a rien d’un réflexe universel. En Allemagne, il se fait discret, parfois presque absent. En France, il s’est taillé une place de choix dès les années 1970. Certains groupes l’ignorent, le réservant à des moments précis ou à certains lieux. D’autres, attachés à leurs propres codes, le boudent sans complexe.
Derrière ce V, plusieurs récits s’entremêlent : histoires transmises dans les garages, souvenirs en marge des grands rassemblements. La signification du geste fluctue d’un pays à l’autre, d’une génération à l’autre, oscillant entre salut amical, marque de soutien ou affirmation d’une identité singulière.
Le geste en V : un signe qui intrigue sur les routes
Sur la route, le V motard s’est imposé comme un signe de reconnaissance délibéré. Un geste bref de l’index et du majeur, exécuté main gauche, partagé quand deux motards se croisent. Bien plus qu’un salut : c’est un geste de solidarité, une façon claire de signifier le respect et la fraternité entre passionnés de deux-roues. La main gauche, déliée de toute commande, fait circuler ce clin d’œil silencieux au sein de la communauté.
Le langage gestuel motard ne s’arrête pas là. Plusieurs autres gestes rythment la vie sur deux-roues :
- tendre la jambe pour remercier un automobiliste qui cède le passage
- tapoter le haut du casque pour prévenir d’un contrôle ou d’un radar
- ouvrir la main pour signaler un danger imminent sur la chaussée
À chaque signe, un lien se tisse. Instantané, discret, mais toujours porteur d’une même volonté : celle de renforcer la cohésion sur la route et de rappeler que la moto, au fond, est une aventure partagée.
Mais le V motard ne se limite pas à l’asphalte. Il fait son apparition sur les vestes, s’affiche sur les accessoires moto, s’invite en autocollant ou jusque sous la peau, via des tatouages. À chaque croisement, il incarne cette fidélité à la camaraderie et à l’entraide, deux moteurs fondamentaux pour tout motard.
Pourquoi les motards se saluent-ils ainsi ? Origines et anecdotes
Sur les routes françaises, le signe V motard s’est mué en tradition. Mais ses origines restent floues et discutées. Pour certains, il naîtrait d’une balade entre Arthur Davidson et William Harley au début du XXe siècle, geste inaugural d’une complicité fondatrice. D’autres citent Barry Sheene, icône des années 1970, qui faisait souvent ce signe en brandissant ses victoires sur circuit.
Certains évoquent aussi des racines plus lointaines : un clin d’œil au salut médiéval, main levée pour montrer qu’aucune arme n’est dissimulée ; ou le souvenir des archers anglais de la guerre de Cent Ans, narguant l’adversaire par un V provocateur. Sans oublier le rôle de la Fédération Française des Motards en Colère, ayant largement diffusé ce signe lors des mouvements collectifs du début des années 80, en symbole d’unité et de contestation.
Dans les années 60, le V prend une nouvelle dimension. Il devient synonyme de paix, de victoire, porté par Churchill puis par la culture Woodstock, avant d’être adopté par les motards. Ce geste, tout simplement, a traversé les époques et les influences, jusqu’à susciter un langage presque universel dans la famille des deux roues.
Au-delà du symbole : ce que le V représente dans la communauté motarde
Sur le bitume, le V motard dépasse largement la politesse : il condense une solidarité née des kilomètres avalés, des coups de main donnés quand la mécanique flanche, ou des éclats de rire partagés au bord d’une nationale. Un mouvement de deux doigts, et voilà l’inconnu d’en face transformé en frère ou sœur de route, peu importe la marque ou le modèle.
Le V matérialise le respect, incarne le partage d’une aventure commune, et traduit l’envie d’aider, de prévenir, de remercier ceux avec qui l’on croise la route. Ces gestes, répétés au fil des trajets, renforcent le ciment du collectif et rappellent que rouler à moto, ce n’est jamais vraiment être seul.
Le langage gestuel des motards s’articule autour d’une palette : jambe tendue, doigts levés, casque tapoté. Chaque code approfondit le sentiment d’être relié à une tribu, tout en favorisant l’attention et la vigilance collective. Le V s’affiche partout, bien au-delà du salut fugace : en autocollants, vêtements, tatouages ou accessoires, il signe un esprit et une appartenance qui résistent au temps.
Bien plus qu’une habitude, il devient un manifeste. Être motard, c’est revendiquer cette fraternité discrète, ce fil ténu mais solide qui relie celles et ceux qui prennent la route comme on embrasse une passion.
Adopter le V : conseils pour perpétuer cette tradition et renforcer l’esprit motard
Pour transmettre le V motard, la simplicité prime : index et majeur levés de la main gauche, geste net, visible, sans exagération. L’essentiel, c’est qu’il soit compris sans perturber la trajectoire, adressé au motard croisé ou à tout conducteur adoptant une attitude responsable.
La gestuelle motarde s’apprend et se partage. Plusieurs actions permettent de renforcer ces codes et d’alimenter le dialogue silencieux entre riders :
- faire le V en croisant un deux-roues
- tendre la jambe pour remercier une voiture qui facilite la circulation
- tapoter le casque pour indiquer la présence d’un radar
- ouvrir la main pour signaler un danger immédiat sur le parcours
En France, le V est omniprésent. Ailleurs, comme aux États-Unis, la « biker wave » privilégie la main ouverte. Voyager, c’est aussi s’adapter à d’autres gestuelles pour mieux comprendre la diversité motarde.
Transmettre l’histoire du geste, sensibiliser les nouveaux venus, expliquer la portée du V : tout cela participe à garder ce rituel vivant. Ces codes ne se limitent jamais à la simple reconnaissance, ils fondent l’esprit de groupe et protègent chaque membre. Parce que la moto, c’est bien plus qu’un moyen de déplacement : c’est une expérience humaine, une aventure collective que chaque V vient prolonger.
De nuit comme de jour, sur les lignes droites ou à l’entrée d’un virage, le V motard reste une promesse : celle de poursuivre la route, toujours ensemble.


